Section PCF 93100 de Montreuil-ss-Bois

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Discours de Florian Vigneron à la commémoration du 73e anniversaire de l'exécution du groupe Manouchian fusillé par les nazis le 21 février 1944 au Mont-Valérien

Monsieur le Député,
Monsieur le Président de la maison des combattants et de la mémoire,
Monsieur le Président de l’Union Culturelle Arménienne de Montreuil, Cher Hermann
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,

En 2015, à Marseille, deux sinistres énergumènes, membres d’un groupuscule d’extrême droite, ont profané la Stèle en mémoire de Missak Manouchian et de son groupe.

Il s’agissait selon eux d’une «action pour le devoir et contre les terroristes rouges»  d’une action contre «un terroriste communiste, tueur de Français».

Ce lundi 13 février 2017, de nouvelles inscriptions hostiles ont été découvertes sur cet espace de mémoire qui surplombe la citée phocéenne. Je m’associe pleinement aux multiples condamnations associatives, syndicales et politiques de ces actes odieux !

Cette immense expression de haine est une blessure, une insulte faite à la communauté arménienne, aux descendants des FTP-MOI, aux communistes, aux résistants et à toutes celles et ceux qui défendaient jadis, et qui se battent encore aujourd’hui, pour l’émancipation humaine.

Le groupe Manouchian n’avait réclamé, selon l’écriture magique d’Aragon, «ni la gloire, ni les larmes, ni la prière aux agonisants». Pour autant, il serait indigne de livrer la mémoire de leur engagement à l’indifférence ou à l’oubli!

En cette commémoration du 73ème anniversaire de l’exécution du groupe Manouchian, je souhaite saluer la participation de chacun de vous, représentant de l’ambassade d’Arménie, membre de la communauté arménienne de Montreuil, élu-e-s de notre ville, représentant de la maison des combattants et de la mémoire, militants politiques, citoyens engagés et représentant de la jeunesse.

Près de trois quarts de siècle après leur exécution au Mont Valérien, quelles sont les raisons qui poussent l’extrême droite à tenter de salir encore et toujours l’engagement de Missak Manouchian et de ses compagnons de combat?

Je vois personnellement trois pistes de réflexion expliquant pourquoi des tacherons de l’extrême droite se font les continuateurs zélés des propagandistes nazis de 1944. Votre combat contre le fascisme, votre engagement pour la justice et la République, et vos origines.

Si le groupe Manouchian est encore aujourd’hui leur ennemi, c’est en tout premier lieu, parce qu’il a résisté aux forces de l’oppresseur nazi qui asservissait, d’annexion en collaboration, toute l’Europe continentale. Parce que malgré la violence, malgré la peur légitime pour soi et pour les autres, ils ont combattu les nazis et leurs affidés français.

Un acte solitaire, une aventure individuelle, un coup d'éclat personnel, aurait-il pu redonner durablement espoir au peuple de France? Vous ne le pensiez pas!
Riches de vos origines, riches de vos expériences militantes, riches de la diversité de vos parcours qui ne vous destinaient pas à l’action commune, vous avez fait le choix du rassemblement, de l’organisation collective pour prendre les armes et combattre le fascisme.

Ainsi, vous avez multiplié les actes de bravoures:
- déraillements et sabotages de lignes de train stratégiques
- dynamitages de pylônes électriques
- attaques contre des officiers nazis et notamment contre le général SS Julius Ritter le 23 septembre 1943, général détesté de la population française, car il organisait dans le pays le service du travail obligatoire…

Vous avez combattu inlassablement l'oppresseur, vous l’avez usé, vous l'avez fait vaciller dans ses certitudes. Vous avez montré à TOUS que les nazis pouvaient être vaincus.
L'écho de vos actes tonna jusqu’en Allemagne, ou Himmler ordonna, je cite «de mettre ces terroristes hors d'état de nuire».
À la suite d’un long travail de filature mené à partir de l’été 1942, la Brigade spéciale n°2 parvient, en trois vagues d’arrestations, en mars, en juin et en novembre, à démanteler complètement votre réseau en région parisienne.

Malgré la mise en scène de votre procès, l’hostilité de la presse de collaboration et l’affichage dans tout Paris de vos visages «hirsutes et menaçants», rien n’y fit.

VOUS N’ETIEZ PAS DES CRIMINELS!

Et vous êtes passés à la postérité aux yeux de la France comme les héros que vous êtes, des héros de la résistance intérieure!

Ce groupe de résistance au sein duquel vous vous êtes organisés est celui des FTP-MOI. Cet engagement, VOTRE engagement, fort et inébranlable, est à mon sens, une autre des raisons de la haine féroce que l’extrême droite voue au groupe Manouchian.
Les FTP-MOI pour Francs-Tireurs et Partisans de la Main d’Œuvre Immigrée appartenaient à la résistance communiste et c’est comme tel qu’ils vous ont exécuté. Immigrés et Communistes.

La MOI visait à organiser, en surmontant les barrières de la langue, les travailleurs migrants au sein d’un même mouvement syndical et politique, qui avaient à conquérir une même reconnaissance, de mêmes droits sociaux que toute la classe ouvrière. Ce qui fut fait lors du gouvernement du Front populaire!

Engagés au sein du Parti Communiste Français, les MOI ont organisé l’un des principaux réseaux de soutien aux républicains espagnols. Et l’Histoire retiendra que ces militants aguerris ont dû entrer en clandestinité lorsque la dissolution du Parti Communiste Français fut prononcée par le gouvernement Daladier.
C’est cela aussi votre honneur: avoir combattu le fascisme PARTOUT où il était.

Enfin, ce qui rend particulièrement insupportable cette mémoire parmi les militants d’extrême droite, c’est son origine étrangère. Pour prendre racine, de tout temps et en tout lieu, l’extrême droite a cherché à fédérer tous les mécontentements au sein d’un récit national dévoyé, stigmatisant un ennemi commun venant d’autres horizons, désignant à la vindicte un bouc-émissaire, une fraction de l’humanité qu’elle accable de tous les maux.

Arméniens, juifs, espagnols, polonais, italiens, roumains, maghrébins, africains, asiatiques et d’autres encore. Chacun a été l’objet de ces attaques.

Mais par la portée de ses engagements et par son existence même, le groupe Manouchian anéantit ce discours de l’extrême droite.

Ils étaient Français de préférence, natifs de diverses contrées. Ils se sont accaparés le combat pour un idéal de liberté, participant au péril de leur vie à la libération de la France.

Il y aurait bien d’autres choses à dire sur la personnalité de Manouchian.

Pour reprendre la citation de Malraux, «la culture est ce qui a fait de l’Homme autre chose qu’un accident de l’Univers». Quand les militants d’extrême droite s’en prennent au symbole Manouchian, en réalité, ils nient jusqu’à l’humanité et l’œuvre de ce grand poète de la culture arménienne.

Parmi d’autres qui rythment tristement notre actualité, cet acte montre que le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde. La crise de ce système économique, pourvoyeur d’injustices et d’inégalités est un terreau fertile pour toutes les aventures fascisantes.

La France n’est malheureusement pas un cas particulier. Cela doit retenir notre plus grande attention. La peur de l’étranger se répand en Europe, elle se répand partout dans le monde.
Je doute que l’on puisse à cette heure qualifier Donald Trump de fasciste. Il faut pourtant bien constater qu’il se fait le promoteur de cette rhétorique immuable de l’extrême droite lorsqu’il attise la peur du «chicanos». Ainsi, la seule bonne réponse à la précarité de millions d’américains ne serait pas à chercher dans un meilleur partage des richesses et le développement d’un système efficace de protection sociale.
Selon Trump, elle serait à chercher dans la construction d’un mur de plusieurs dizaines de kilomètres, dans un décret interdisant la venue sur le sol américain des ressortissants de quelques nationalités.

En Autriche, c’est le FPO, un parti revendiquant sa mouvance nationale socialiste qui a faillit remporter à 30000 voix près l’élection présidentielle en mai 2016, avant de faire annuler ce scrutin et de se voir plus largement distancé en décembre dernier.

Ailleurs en Europe, les partis Aube Dorée en Grèce, le UKIP en Angleterre, la Ligue du Nord en Italie ou l’Alternativ für Deutschland en Allemagne, tous des partis d’extrême droite, sont à des niveaux préoccupants.
Aux Pays-Bas, le VVD, le parti de Geert Wilders, lui aussi d’extrême droite, qui caracole en tête des intentions de vote aux législatives de mars prochain et pourrait gouverner le pays.

Personne ne peut savoir de quoi l’avenir sera fait et rien n’est jamais gravé dans le marbre! L’État de droit et la démocratie ne font pas exception.

Nul ne l’ignore, nous voterons dans les prochains mois.
J’ai l’intime conviction que le peuple de France saura ne pas se tromper de colère, ne cédera pas aux sirènes de haine, aux appels à la stigmatisation et à la volonté de fragmenter ce qui ne forme qu’une seule entité, la France.

Nous aurons à l’esprit, je l’espère, ces deux vers de Paul Eluard, rendant hommage au groupe Manouchian :

«La liberté d’un peuple oriente tous les peuples
un innocent aux fers enchaîne tous les Hommes»

Conservons ensemble l’espoir en une société de justice, de respect, d’égalité et de Fraternité!

Merci de votre attention
 

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